7 chroniqueurs du Pérou

Le Pérou n’a pas une histoire, mais des histoires ! Celle avant, et celle après l’arrivée des conquistadors. La première, teintée de mille légendes mais aussi de sources réelles, nous fait rêver. L’autre, écrite par des envahisseurs qu’il nous est difficile d’apprécier, nous éclaire malgré tout sur ce pays envoûtant. Partons pour un voyage au Pérou sur les traces des découvreurs du Pérou.

Il serait injuste d’ignorer ceux qui, entre le XVIe et le XIXe siècle ont laissé des témoignages écrits, ceux qui ont pris le temps d’observer, d’écouter, de retranscrire. Qu’ils soient hommes d’Église, chroniqueurs attitrés, aventuriers lettrés ou scientifiques dévoués, leurs récits nous éclairent, parfois nous mentent, mais nous plongent avant tout dans des époques que seuls les tableaux peuvent nous transmettre, partiellement.

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Guerres interethniques, détail d’une fresque murale, Cusco © Éric Guimbault
1

Cristobal de Mena (vers 1492-?)

Il est amusant de noter que ce chroniqueur a su marquer l’histoire par ses écrits, sans laisser de dates précises sur sa propre vie… Ce « Tonton Cristobal » est le premier à avoir publié sur la conquête du Pérou.

Arrivé en 1531 aux côtés de Francisco Pizarro comme capitaine de cavalerie, cet hidalgo lettré sera un témoin extraordinaire de cette poignée de conquistadors perdus dans un pays grandiose et mystérieux !

Il tombe rapidement en disgrâce auprès de Pizarro, ce qui précipite son retour en Espagne où, amer, il écrira en 1534 le premier récit sur la conquête de la Nouvelle Castille, Brevissima relacione de la destrucción de las Indias, avec un net parti pris contre le clan Pizarro.

2

Francisco de Jerez (1497-1565)

Secrétaire et scripte d’un Pizarro illettré, Francisco de Jerez (également, de Xerez), se trouva aux mêmes endroits et en même temps, que Cristobal de Mena. Ils seront tous les deux témoins de l’incroyable capture de l’Inca Atahualpa, événement qui précipita la chute de la civilisation inca !

Bien que Jerez était là au service de Pizarro pour écrire, et non pour combattre, l’ironie du sort voulue qu’il se casse une jambe… ce qui provoqua, comme pour de Mena, son retour en Espagne. Il fit publier rapidement ses récits pour contrer ceux d’un Cristobal de Mena jugé trop offensif à l’égard de Pizarro et de la Couronne.

La verdadera relacion de la conquista del Peru, fut publié quelques mois après le récit de de Mena, avec bien évidement des arrangements flagrants sur les faits… Cependant, ce livre révèle des détails d’une précision étonnante, et il est aisé de lire entre les lignes pour deviner les partis-pris.

Où trouver des livres anciens sur le Pérou ?

Les vieux ouvrages sont toujours difficiles à trouver, et les bonnes éditions encore plus ! Si vous lisez en espagnol, je vous recommande lors de votre voyage au Pérou, d’aller dans les librairies de Lima. Les bonnes adresses se trouvent dans le quartier de Miraflores, avec par exemple la Librairie La Familia, au 372 Benavides ou Iberos Libreria, à l’angle de Diagonale et Berlin.

3

Miguel de Estete (vers 1495-vers 1570)

Ce chroniqueur officiel de Francisco Pizarro, était aux côtés de Jerez, à la différence près qu’il ne retourna pas en Espagne aussi rapidement. Toujours au cœur des événements, il assista lui aussi à la capture de l’Inca Atahualpa (ce qui nous donne trois versions vécues du même fait), mais il assista également au pillage du sanctuaire de Pachacamac en 1533, et entra avec l’armée espagnole dans Cusco, où il fut stupéfait de la splendeur de la capitale inca.

Son livre, intitulé El descubrimiento y la Conquista del Peru, regorge de détails sur les paysages, les costumes des incas ou l’architecture.

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Vente de livres dans la rue © Éric Guimbault
4

Garcilaso de la Vega (1539-1616)

Né d’un noble espagnol et d’une mère princesse inca, Gomes Suarez de Figueroa grandit dans l’environnement contrasté de parents issus de deux mondes que tout opposent ! Premier métisse du pays à accéder au rang d’écrivain et de poète, il est devenu dans le Pérou d’aujourd’hui une icône intellectuelle forte, une référence.

Pourtant, à bien y regarder, Garcilaso quitta son pays à 20 ans pour ne jamais y revenir, il participa en Espagne à des guerres contre des métisses… et ses souvenirs écrits à la fin de sa vie, bien que précieux à de nombreux égards, manquent souvent de précisions et font aussi une grande place à la culture catholique.

5

Juan Diez de Betanzos (vers 1510-1576)

Personnage intelligent, habile communicant, Juan de Betanzos offre un témoignage diffèrent des premiers chroniqueurs. Arrivé dans un Cusco en reconstruction/destruction, il apprit le quechua et s’intéressa à la tradition orale chez les incas. Très vite tenant d’un savoir précieux sur de nombreux aspect de leur culture (chants, traditions, rites, etc.), il publiera en 1557 un recueil sous le titre de Suma y Narrracion de los Incas.

6

Pedro Cieza de Leon (1520-1554)

Ce chroniqueur, bien qu’arrivé après la chute de l’empire inca, va parcourir le Pérou à partir de 1548 et en faire une description pointue et sérieuse. Son œuvre, inachevée, demeure toutefois une référence ! Elle s’intitule Cronicas del Peru.

7

Felipe Guaman Poma de Ayala (vers 1534-vers 1615)

Cet intellectuel présente des similitudes avec Garcilaso de la Vega. Un père de la noblesse espagnole, une mère inca, Felipe est également né dans la même décennie que Garcilaso. Guaman Poma de Ayala, bilingue espagnol-quechua, naviguait entre ces deux mondes avec une aisance que peu de personnes de son époque possédaient.

Il publia en 1600 un recueil contenant des centaines de dessins, d’un style assez naïf, mais très détaillé, et dénonçant l’emprise coloniale. Son Nueva coronica y buen gobierno est une œuvre complexe, où se mélangent des textes en espagnol et en quechua, quelques références historiques douteuses, mais une somme de documents visuels d’une valeur unique en son genre !

© photos principale : Éric Guimbault, Musée de Cajamarca