8 erreurs sur Machu Picchu

Ses fouilles archéologiques, lancées en 1912, ont fait les unes de la presse mondiale ! Les nombreuses questions qui accompagnent la redécouverte de cette ancienne cité inca, ont donné lieu à de nombreuses interprétations, souvent hasardeuses… Machu Picchu est synonyme de beauté et de mystères et il est difficile de résister, à la vue de ces murs au silence obstiné, de tenter de percer leur origine. Seulement, dans une sorte d’ivresse de mystères on finit par en voir partout ! Penchons-nous sur cette beauté géo morphique avec le plus d’objectivité possible.

La fascination qui frappe le visiteur de Machu Picchu au XXIe siècle, est probablement la même qui frappa l’Inca Pachacutec, au XVe siècle. Parlez de ce site et vous verrez que les questions fusent : De quand date la construction ? Pourquoi la cité fut-elle abandonnée ? D’où viennent les pierres de construction ? Que cachent les sous-sols ? Les conquistadors en connaissaient-ils l’existence ? Que vais-je manger à midi ? Autant de questions qui, face aux sources obscures, peuvent devenir des réponses infondées.

Mais les informations douteuses ne sont pas toujours le fruit des amateurs de mystères, certains scientifiques ont diffusé sur le Machu Picchu des informations hâtives, Hiram Bingham le premier ! Il faut savoir admettre que certains éléments du passé nous échappent, que certaines « clés » ont disparu, et exagérer des faits ou évoquer les extraterrestres est une insulte faite aux anciennes civilisations, qui possédaient simplement un savoir qui s’est perdu dans la nuit des temps.

 

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Au fond à droite, Machu Picchu vu de dos © Éric Guimbault
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Le nom Machu Picchu vient du quechua

Commençons par le début. Le nom Machu Picchu n’est pas le nom d’origine de la cité inca. L’ancien nom serait Patallaqta, de pata (escalier, marches ou hauteur) et llaqta (ville, village). La langue des Incas était une langue orale. Les Incas n’ont pas inventé le quechua, c’est une langue que pratiquaient de nombreux peuples (notamment de la côte), adoptée peu à peu pour communiquer dans l’empire démesuré des incas. Ce quechua a été très rapidement dénaturé, transformé, dès l’arrivée de colonisateurs qui déformaient systématiquement les mots (particulièrement les noms de lieux). La langue est devenue une sorte de quechuagnol, où les mots sont autant de pièges étymologiques. Au XIXe siècle, Machu Picchu était déjà cité depuis longtemps comme Picchu ou Picho, nom dérivé du mot espagnol pico. En quechua, montagne se dit orqo mais pas picchu. Le mot machu est une collision avec le mot castillan macho, qui définit une montagne ou une colline. L’ensemble devint Machu Picchu, terme également utilisé par les Péruviens, conséquences de plus de trois siècles d’écrasante domination espagnole.

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Machu Picchu a été oublié pendant des siècles

On ne perd pas une cité comme on perd sa clé USB. Machu Picchu, révélé au monde en 1911 par l’américain Hiram Bingham, a toujours été connu. Certes, par des cercles de plus en plus restreints. Huit chemins conduisent au site (dont un partant de Cusco), les environs regorgent de terrasses agricoles ou de sanctuaires. Donc Machu Picchu n’était pas isolé, il était sur un axe très fréquenté et d’une importance cérémonielle capitale ! Quand Bingham met les pieds sur le site, des paysans se servaient des anciennes terrasses agricoles et des canalisations pour leurs cultures…

Ce sont les conquistadors qui ont isolé Machu Picchu du monde. En ignorant ou en détruisant la culture des prédécesseurs, les Espagnols ont tracé d’autres routes, construits de nouvelles villes et villages, isolant peu à peu le passé des indiens. Machu Picchu fut un peu comme un vieux puits asséché au fond d’un jardin, dont on a perdu l’utilisation mais pas l’existence.

Si les Péruviens qui connaissaient le site n’ont rien dit durant des siècles, c’est que le monde ne s’intéressait pas aux origines des peuples et que la culture indienne était mal vue. Il faut attendre le siècle des Lumières pour voir apparaître un réel intérêt pour les sciences sociales.

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© Éric Guimbault
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Machu Picchu est une ancienne forteresse

Le promoteur immobilier de Machu Picchu est l’Inca Pachacutec, qui aurait ordonné la construction vers 1440. Une chose est sûre, la cité inca date bien du XVe siècle, comme le prouve la datation au Carbone 14.

Contrairement à ce qui a été dit durant des décennies, Machu Picchu n’occupait pas le rôle de forteresse, et encore moins celui de « palais d’été de l’Inca », vision ethnocentriste mainte fois appliquée au sujet des civilisations précolombiennes.

La raison d’être de Machu Picchu était d’origine spirituelle. Le lieu offrait un cadre idéal pour les cérémonies d’adoration des astres et des éléments sacrés (glaciers, montagnes, rivières, faune). L’historienne Maria del Carmen Martin Rubio, pense que Pachacutec aurait choisi le site du futur Machu Picchu pour en faire également son propre mausolée, où seraient gardés des parties du corps de l’Inca (ongles, cheveux…), ainsi que les momies de sa panaca (lignée familiale). La partie la plus importante du corps momifié de l’Inca serait placée dans le Temple du Soleil de Cusco, lieu sacré qui gardait les momies des précédents dignitaires.

Outre cet aspect religieux primordial, n’oublions pas que la société inca était fondamentalement agraire. Les terrasses occupaient donc une première fonction de soutènement, mais aussi une fonction agricole de grande importance.

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Machu Picchu a été édifié par les extraterrestres

La taille des pierres et leur emboîtement fascinent tellement qu’il n’est pas rare de lire des théories supposant l’utilisation d’outils inconnus, voire extraterrestres ! Sur place, certains guides officiels n’hésitent pas (sans rougir), à entretenir ce genre de théories ou d’autres petites anecdotes dénuées de preuves.

Les techniques des maçons incas sont mal connues, celles des tailleurs de pierres également. Il est certain que les Incas, si proches de la nature et incroyablement observateurs, savaient « lire » la pierre, choisir et tailler les blocs selon une technique qui s’est perdue. Dans ce sens c’est une énigme…

Les pierres de construction de Machu Picchu viennent du site lui-même. De petites carrières de granite sont encore visibles dans la cité, ce qui a dû nécessiter des efforts titanesques, mais sûrement pas des pouvoirs de lévitation, ni l’aide de 300 lamas dopés…

Machu Picchu est un chef d’œuvre de construction, mais n’est pas plus mystérieuse qu’une autre grande cité inca ! Ce qui est mystérieux c’est l’architecture inca en général. Ces murs si bien ajustés, antisismiques, le système de canalisation, ces terrasses qui caressent les précipices, se retrouvent sur d’autres sites comme Choquequirao, Pisac, Tipón ou Sacsaywaman. Sans oublier Cusco, qui fut certainement la ville la plus impressionnante de l’époque.

Du haut du Wayna Picchu (la montagne pointue si célèbre de Machu Picchu), la cité donne l’impression d’être posée comme par magie au centimètre près, défiant le vide ! Cette prouesse est due aux nombreuses terrasses, qui en assurent un soutien parfait et drainent ingénieusement les eaux de pluie. Donc l’étape numéro un de la construction repose (c’est le cas de le dire) sur le terrassement. Cette technique est observable sur Ollantaytambo par exemple. Sans ce savoir-faire, les Incas n’auraient pas pu édifier des constructions si lourdes sur des terrains inclinés. Ce qui rend Machu Picchu si exceptionnel c’est cet écrin naturel, qui donne toute sa majesté à l’ensemble. Il ne restait aux bâtisseurs qu’à respecter ce relief, art dans lequel ils étaient passés maîtres.

 

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Au centre, les restes d’une carrière © Éric Guimbault
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Un mur antisismique © Éric Guimbault
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L’augmentation des visiteurs menace la stabilité du site

Entre janvier et juillet 2016, la fréquentation du site a augmenté de 8 % par rapport à 2015. Les chiffres ne baissent jamais, et la presse internationale s’émeut à la vue croissante des visiteurs, craignant pour la stabilité de l’ancienne cité… Ce qui fait rire les spécialistes ! Seul un séisme pourrait mettre à terre ces constructions (deux failles sismiques encadrent Machu Picchu).

En réalité, seule l’entrée touristique souffre d’affaissements, mais ce n’est pas une construction inca, ni l’accès d’origine (bravo le monde moderne…). La partie ancienne qui souffre de la fréquentation des visiteurs est le pic Wayna Picchu, avec ses marches frisant le bord naturel. Cette montagne était un lieu sacré, peu fréquenté et aménagé en conséquence. Le gouvernement a réduit le nombre à 400 visiteurs par jour, ce qui reste encore largement au-dessus de ce qu’avaient imaginé les Incas ! D’autres facteurs sont beaucoup plus nuisibles pour le futur des lieux, comme l’énorme flux des bus qui montent aux portes de Machu Picchu ou la mauvaise gestion des eaux usées et des déchets d’Aguas Calientes, conséquences directement liées à l’indifférence et l’incompétence des pouvoirs en place.

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La porte secrète découverte en 2012 n'en est pas une

Les sous-sols de Machu Picchu sont depuis plus d’un siècle sujet à toutes sortes de fantasmes archéologiques. Rumeurs et exagérations en tous genres maintiennent le site dans l’actualité, si bien qu’en 2012, lorsque j’avais appris qu’un français (Thierry Jamin), avait découvert une « porte secrète », je n’avais pas pris l’information au sérieux.

Aujourd’hui, je regarde cette découverte d’un autre œil pour les raisons suivantes : En 2012, le Ministère de la Culture péruvien a réellement donné son approbation pour que l’explorateur français, équipé d’un géo radar, fasse des recherches sous le « Temple des Trois Portes ». Ce bâtiment, situé dans la partie urbaine de Machu Picchu, présente à l’arrière, une entrée obstruée par des pierres. Les instruments révélèrent une salle, un escalier, plusieurs cavités, et la présence de métaux ! Oui je sais, cela paraît énorme mais la moindre des choses dans cette situation est de consolider l’entrée, enlever les pierres qui servent de porte et de vérifier. À la suite des résultats géophysiques, l’explorateur français a demandé l’autorisation pour accéder à l’intérieur, demande refusée par le gouvernement péruvien. On pourrait classer l’affaire rapidement en se disant que le dossier manque de preuves ou que des recherches ont déjà été menées à cet endroit… mais rien de tout ça ! Plus étrange encore, à la suite des recherches du français, les médias péruviens se sont déchaînés sur lui pendant des semaines, diffusant une campagne de dénigrement maladroite et peu objective.

Les recherches de Thierry Jamin sont-elles fiables ? L’avenir nous le dira, mais un événement met sérieusement à mal les critiques péruviennes. En 2013, la chaîne de télévision ATV avait présenté une émission consacrée à cette porte mystérieuse, au cours de laquelle une archéologue (qui avait vilipendé la découverte du français) se montra incapable d’analyser les images radar des cavités…

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Les conquistadors n’ont jamais trouvé Machu Picchu

Cette idée, certainement la plus répandue au sujet de « la cité perdue », est une exagération de plus sur les mystérieux Incas. Il est fort possible que la cité sacrée ait connue une baisse d’activité (religieuse et agricole), après la mort de l’Inca Pachacutec, vers 1470, mais elle est restée animée jusqu’à l’arrivée des conquistadors et la mort de l’Inca Atahualpa, en 1533.

À partir de cette date, Machu Picchu a dû subir une importante migration, la lignée de Pachacutec étant éteinte, la ville vivant par et pour le fils du Soleil, le lieu cérémoniel a dû perdre en fréquentation. Une fois vaincus, nombreux furent les Indiens qui rallièrent le camp du vainqueur. Non par lâcheté, mais ces puissants étrangers, capables d’anéantir le fils du Soleil, représentaient un avenir nouveau et meilleur (toutes les momies Incas se retournent dans leurs bandelettes…).

Devenus maîtres d’un immense territoire qu’ils ne connaissaient pas, les conquistadors récupérèrent très rapidement des informations auprès des Indiens concernant les villes et les régions agricoles (pillage oblige), qu’ils se partagèrent comme un gâteau d’anniversaire. Si la période précolombienne reste floue sur les dates et les faits, tout change à partir de 1533, date à laquelle les Espagnols conservèrent les actes par écrit.

Le premier texte faisant référence à Machu Picchu date de 1539, comme le relève l’historien péruvien Rafael Varón (Domaine de Picho cédé à l’un des frères de Francisco Pizarro). Les chemins menant à la cité sacrée n’étant ponctués que de sanctuaires, ces itinéraires barbants furent délaissés et hop ! Adieu Machu Picchu. Seuls quelques locaux utilisèrent des terrasses agricoles, laissant la végétation envahir les constructions devenues inutiles. Notez que ce qui n’est pas connu des occidentaux, passe pour quelque chose d’inconnu pour tout le monde. Et lorsqu’ils le découvrent c’est leur histoire qui entre en jeu…

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Un mur antisismique © Éric Guimbault
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Les noms des temples de Machu Picchu sont les mêmes qu'au temps de l'Inca

Mal dénommer des points archéologiques signifie mal en connaître l’histoire. Ce qui pour un archéologue est plutôt embarrassant, mais on ne peut pas tout savoir ! Donc reste à trouver le nom le plus approprié à la culture étudiée… Quand Hiram Bingham lance les fouilles en 1912 les spécialistes occidentaux de l’architecture inca ne courent pas les rues. Au fur et à mesure du défrichement, Bingham nommera les constructions sans vraiment en connaître l’origine.

Comment nommer la n-ième construction vide ? Hum… voyons voir, elle a trois fenêtres non ? Appelons-la « temple des trois fenêtres ». C’est d’ailleurs dans l’encadrement de l’une de ces fenêtres que Bingham découvrît une gravure indiquant : « Agustín Lizárraga 1902 ». Bonjour la découverte de la cité perdue… Sans être un spécialiste, certains noms de Machu Picchu font froncer les sourcils, comme le « secteur des prisons ». Des archéologues américains ont même écrits, pour désigner l’utilité de Machu Picchu, que c’était « une sorte de Camp David de l’Inca ». Oh my god! En haut du pic Wayna Picchu, un peu cachée, se trouve une grande cavité, des pierres taillées comme des sièges et au fond une petite construction en granite. Ce lieu, de toute évidence sacré, est nommé par les archéologues « grande caverne ». Mais allez savoir pourquoi, les guides la nomment « temple de la Lune », sans aucune preuve scientifique pour le justifier…

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Le fameux temple des trois fenêtres © Éric Guimbault
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