Ayacucho

Ayacucho est une perle cachée à 2 750 mètres d'altitude dans la cordillère occidentale, approximativement entre Lima et Cuzco. Cette belle ville coloniale est un peu délaissée, ce qui n'est pas forcément un mal, mais plutôt injuste car Ayacucho possède une population ouverte, fièrement ancrée dans ses traditions andines et une ville ancienne qui réserve une surprise architecturale à chaque coin de rue !

Histoire ancienne

Ayacucho a été fondée par Francisco Pizzaro en 1539, mais sa préhistoire est nettement antérieure.
La grotte de Pikimachay, à une trentaine de kilomètres d'Ayacucho, contient des témoignages d'activité humaine vieille de plus de 20 000 ans. C'est l'une des plus anciennes présences humaines en Amérique du Sud avec celle de Monte Verde (Chili) et Pedra Furada (Brésil).
La civilisation Wari (ou Huari) a également laissé de nombreuses traces archéologiques dans la région, qu'elle dominera d'ailleurs durant plusieurs centaines d'années ! Cette civilisation pré-incaïque sera la première dans la région andine a développer le concept de ville. Fortifications, pyramide à escaliers, rues, places, immeubles de plusieurs étages, routes… les Waris sont reconnus comme de grands bâtisseurs et développèrent également l'agriculture ; tout un savoir qui s’avérera précieux pour le futur Empire inca.

 

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Depuis Ayacucho, on peut partir à la découverte de la grotte de Pikimachay et rallier la pampa de Quinua, lieu de la bataille d'Ayacucho de 1824. Cette bataille est importante pour le Pérou car elle marque son indépendance face à l'occupant espagnol.

 

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Chrétiens versus Incas

La religion tient une place importante à Ayacucho. Sans être un dévot accompli, c'est quand même impressionnant d'assister aux festivités locales, comme la semaine sainte et ses processions en costumes. Mais dans cette ville, où les habitants parlent encore quechua (en plus de l'espagnol) la culture catholique n'a pas complètement anéanti les cultes ancestraux ! Une des fêtes les plus belles à voir se déroule en juin et elle est consacrée à Inti, le dieu Soleil.

 

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Inti Raymi, en quechua, « la fête du soleil », avait été interdite par les Espagnols qui œuvraient sévèrement pour imposer la religion catholique. Les Incas, qui possédaient un grand savoir en astronomie (mais aussi un peu superstitieux) avaient peur de voir le soleil disparaître. Ce qui en soit est loin d'être stupide puisque nous avons absolument besoin de lui pour vivre… Bref, tous les ans, le 24 juin exactement, jour où le soleil est le plus éloigné de la terre, les Incas rendaient hommage à l'astre solaire par des incantations et quelques sacrifices de lamas.
Interdite en 1572, cette célébration n'a repris vie qu'en 1940 ! Aujourd'hui l'événement est suivi d'une fête foraine qui dure une semaine et elle attire tellement de monde qu'il devient difficile de trouver une chambre pendant cette période. Mais c'est pire à Cuzco, où la fête attire encore plus de monde et où les prix des chambres atteignent des sommets dignes de la cordillère. Donc : Ayacucho !

 

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Les années noires du Sentier Llumineux

Dans les années 1980, les Péruviens évitent la région à cause des actions terroristes du Sentier Lumineux, un mouvement d'inspiration maoïste qui prône la lutte armée pour renverser l'État péruvien (rien que ça !)
Éclatant dans et autour d'Ayacucho, les violences du mouvement s'intensifient dans les années 90, au point de provoquer un exode massif vers d'autres villes, notamment Lima où d'immenses bidonvilles se forment.
Depuis la capture du chef-fondateur du Sentier Lumineux en 1992, la région est redevenue sûre, mais cette guerilla aura fait plus de 69 000 victimes ! Ce n'est pas le genre de référence historique qui fait envie dans les brochures touristiques, et ceci explique pourquoi, pendant presque 20 ans, Ayacucho a été « évitée » aussi bien par les étrangers que par les Péruviens.

 

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Ayacucho, si loin, si proche

À peine à une centaine de kilomètres à vol d'oiseau du Machu Picchu, Ayacucho est encore trop loin derrières ses montagnes pour attirer l'attention du voyageur. Pourtant, en partant de Lima en direction de Cuzco elle est une étape à mi-chemin idéale ! De plus la route qui y mène franchit des cols somptueux.

 

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Comme beaucoup de villes coloniales d'Amérique latine, tout se déroule autour de la Plaza de Armas. Quand je dis « tout », comprenez les anciennes demeures et toute l'activité sociale qui va avec : l'administration, le marché, les rassemblements, les fêtes…

Églises et cathédrale

Dans la catégorie architecture massive, nous avons les édifices religieux, domaine où Ayacucho fait référence. Par exemple, la cathédrale Nuestra Señora de la Nieves (près de la Plaza de Armas, CQFD) renferme une décoration de grande valeur, notamment des tableaux du chemin de croix provenant de Rome. Sans parler des 33 autres églises de la ville !
Je ne vais pas vous faire une visite façon Vatican-tour, mais ces églises apportent une atmosphère, tout comme les anciens hôtels particuliers et autres maisons au fond de cours accueillantes.
Et c'est là le réel point fort d'Ayacucho ! C'est une citée aux rues animées mais pas embouteillées, où il est possible de faire tous ses déplacements à pied, en jetant un œil contemplatif sur les montagnes qui encerclent la ville.

 

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L'incroyable Antonio José de Sucre

 

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Mort à l'âge de 35 ans, cet homme à la biographie impressionnante, méritait bien sa statue sur la Plaza de Armas d'Ayacucho. Commandant des indépendantistes face aux Espagnols durant la fameuse bataille de 1824, ses faits d'armes sont si nombreux que plusieurs pays d'Amérique du Sud ont donné son nom à des villes, départements ou États (Venezuela, Colombie et Bolivie) et l'Équateur a eu comme ancienne monnaie le Sucre… qui n'a rien à voir avec le sucre que l'on mange (azucar en espagnol).

Artisanat et spécialités gourmandes

Dans un domaine nettement moins guerrier, il faut préciser que l'artisanat local tient une renommée incontestable dans le pays. Le quartier Santa Ana d'Ayacucho regroupe de nombreux artisans (poterie, sculpture sur bois, céramique…) et dans certaines rues, des Péruviens assis au soleil vendent des tissus aux couleurs vives, des ceintures, des tapis, des coussins et quelques vêtements faits mains (souvent moins chers qu'à Cuzco).
Le marché (cette force vive de la communauté andine) est à voir pour ses spécialités locales. Au milieu des dizaines de produits locaux vous ne pourrez rater les alignements et empilements de fromages, qui méritent d'êtres goûtés. Ce qui, venant d'un Français, est un compliment !

 

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Les voyageurs se plaignent souvent des sites ou des villes trop fréquentés, et sont souvent curieux de culture locale. Ayacucho permet de combler ce manque. Ce sera une étape courte qui ravira ceux qui ont peu de temps… et une occasion en or pour découvrir une facette de la culture péruvienne.

© moineaux.ayacucho.free.fr ; Musée Gran Mariscal Ayacucho ; Éric Guimbault