Café et cacao du Pérou – 2

L’histoire de la culture du café et du cacao est amusante. Le premier, originaire du continent africain, est aujourd’hui principalement cultivé en Amérique. Et le second, originaire d’Amérique est aujourd’hui principalement cultivé en Afrique. Dans ce chassé-croisé paradoxal, le Pérou joue un petit rôle de producteur… mais de grande qualité !

Café et mondanités

Originaire de l’ancienne Éthiopie, le caféier est passé de caravanes en caravanes, du Yémen au Soudan en passant par l’Arabie et la Turquie. Les deux derniers pays contribueront grandement à la pratique de la consommation du café. Comme le cacao, le café a voyagé sur les navires marchands, de l’Inde à l’Europe, dont l’Italie qui lui donnera son nom définitif. Rapidement, le café va séduire l’aristocratie des XVIIe et XVIIIe siècles. On passera du café (la boisson) au café (le lieu), temple de la dégustation et des mondanités, comme les fameux cafés littéraires. À cette époque, Lima était une capitale culturelle importante et le premier café y fut ouvert en 1791.
Les Hollandais et les Français furent les premiers à planter des caféiers dans leurs colonies des Amériques. Quant au Pérou, il ne se présentera pas comme un acteur important du marché, exportant seulement de petites quantités aux voisins non producteurs, comme le Chili. Aujourd’hui, le café péruvien est uniquement arabica et se cultive majoritairement dans le nord. 90 % de la production du pays est destinée à l’exportation !

blog-perou-cafe2

L’or noir

La filière du café représente des enjeux économiques colossaux ! C’est la deuxième matière première échangée dans le monde après le pétrole. Mais cette boisson universelle est surtout victime de la spéculation des plus gros consommateurs, comme l’Allemagne ou les États-Unis. Les ténors du café ont faussé le jeu de l’offre et de la demande, faisant monter les prix… et les stocks ! Le café pousse dans une centaine de pays différents, tous situés sur la ceinture équatoriale. Mais la culture commerciale la plus importante se situe en Amérique du Sud, où l’arabica domine le marché international.
L’arabica et le robusta sont deux espèces botaniques différentes, originaires d’Afrique. La taille du grain, l’arôme et le taux de caféine sont différents entre les deux espèces. Le café arabica représente 70 % de la production mondiale. Le continent africain réunit de nombreuses plantations, majoritairement du robusta, mais les cinq plus grands producteurs d’arabica sont en Amérique du Sud : Brésil, Colombie, Mexique et Guatemala. Le robusta, lui, tient son nom de la robustesse de son arbre. Il pousse à une altitude moins élevée que l’arabica et ne représente que 30 % de la production mondiale. Dans ces méandres financiers, le Pérou est le premier exportateur de café arabica bio. Une culture basée non sur la quantité, mais la qualité.

Les États-Unis et l’Allemagne réunis consomment 47 % de la production mondiale de café.
Les États-Unis et l’Allemagne réunis consomment 47 % de la production mondiale de café.

La France et le café

Au XVIIIe siècle, la France possédait plusieurs plants de café dans les serres du jardin de Louis XIV. Un de ces plants deviendra la souche de tous les caféiers des îles des Caraïbes ! En 1725, l’intrépide Gabriel de Clieu introduit le premier plan en Martinique, après une traversée où il failli perdre le précieux pied de café et… sa propre vie ! La première plantation vit le jour sur les pentes de la Montagne Pelée, et après la destruction des cacaoyers par un cyclone, les Martiniquais décidèrent de privilégier les caféiers, et les cultures se multiplièrent ! Ainsi, l’initiative de de Clieu propulsa une nouvelle économie, se répandant en Guadeloupe et dans de nombreuses îles des Caraïbes, dont la Jamaïque, réputée pour son excellent Blue Montain. Fort de ce succès, les différentes colonies françaises se lancèrent elles-aussi dans la culture du café. Aujourd’hui, la Nouvelle-Calédonie et la Réunion possèdent certes de petites plantations, mais d’excellente qualité !

Les fruits du caféier, appelés souvent cerises, renferment un ou deux grains de café.
Les fruits du caféier, appelés souvent cerises, renferment un ou deux grains de café.
© photo principale : Alain Seban © graphique pourcentage des exportations et photo cabosses de cacao : Agrodataperu © photo articles de haut en bas : ESAN ; Service national péruvien de santé agraire