Chavín de Huantar

Ce complexe cérémoniel ancien vous fait douter de tout ! Sommes-nous encore au Pérou ? Certaines gravures nous emmènent chez les Olmèques de l’ancien Mexique. Sous terre, on trouve des réseaux de ventilation et de canalisations sans précédent sur le continent ! Et que dire de ce labyrinthe souterrain qui cache un monolithe de granit blanc aux sculptures à la fois effrayantes et magnifiques ? Au final, que savons-nous réellement de la culture Chavín ?

L’art et les mystères de Chavín de Huantar !

L’arrivée sur le site de Chavín peut en dérouter plus d’un. Entouré de montagnes, à 3 150 m, juste à côté d’un village qui garde toujours ses volets fermés, le site est installé sur un grand plateau, proche de la rivière Mosna. Plusieurs ruines sortent du sol, plus ou moins massives, des toits de fortune protègent les vestiges des intempéries et de nombreuses fouilles sont encore entreprises çà et là, comme si le site venait d’être découvert ! C’est ça Chavín de Huantar ? Oui. Mais comment des constructions vieilles de plus de 2 000 ans pourraient être irréprochables ? Contrairement à certains pays qui parviennent à entretenir leur patrimoine grâce à des fonds étrangers importants, le Pérou ne peut suivre dans les mêmes conditions, ce qui explique l’état global du site. Néanmoins, certaines parties de l’architecture Chavín surpassent de loin les ruines du Machu Picchu ! Les professionnels du selfie vont être frustrés et les amateurs de civilisations mystérieuses comblés !
Le site comporte plusieurs édifices construits à différentes époques, comprises entre 1 200 (ou 800, les dates sont discutées) av. J.-C. et 200 av. J.-C. Le site de Chavín n’est que la manifestation artistique d’un culte, principalement celui du jaguar. L’eau et la lune sont également des éléments importants. Deux constructions se démarquent par leurs volumes et leur importance : l’ancien temple (Templo Lanzón) et le nouveau temple (Templo Tardio).

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L’ancien temple

Un court escalier de pierre nous entraîne dans les entrailles de ce temple. Des couloirs étroits partent dans différentes directions, et sous un plafond fait de grandes dalles de pierre on erre, émerveillé, dans ce petit labyrinthe. Soudain, au bout d’une de ces galeries, apparaît un grand monolithe sculpté ! Haut de 4,53 m, ce Lanzón (car en forme de lance ou de grand couteau) n’a certainement jamais bougé depuis que des hommes l’ont installé ici, autour de 850 av. J.-C. Appelé le « Dieu Souriant », cet objet de culte en granit blanc possède une tête de félin avec des crocs apparents. Il était le dieu de la fécondité, de la Terre et des saisons. La finesse de ce monolithe impressionne et son emplacement, au milieu d’un dédale, lui donne une aura mystérieuse.

Vue globale du site
Vue globale du site
Maquette reconstituant le site, exposée au Musée d’Archéologie de Huaraz
Maquette reconstituant le site, exposée au Musée d’Archéologie de Huaraz
Le Lanzón, installé au milieu d’un dédale de couloirs
Le Lanzón, installé au milieu d’un dédale de couloirs

Le nouveau temple

Plus vaste que l’ancien, le nouveau temple (appelé aussi Castillo) se compose de 3 plateformes superposées. Massif, de forme pyramidale, il fait 70 m de côté et 10 m de haut. Comme dans l’ancien temple, la structure possède tout un système de ventilation et des galeries à l’acoustique si particulière qu’elle fera l’objet d’une étude très poussée par l’Université de Stanford. Les chamanes utilisaient les amplifications sonores des galeries pour subjuguer leur auditoire et de petites plateformes leurs permettaient de faire des apparitions spectaculaires. Des têtes sculptées en ronde-bosse, appelées « têtes-clous », étaient encastrées tout autour du nouveau temple, mais la plupart ont disparues entre les mains des pilleurs. Une seule, reste plantée dans la façade arrière et les autres restent en sécurité dans le musée.

Le nouveau temple, vu de côté
Le nouveau temple, vu de côté
Détail d’un mur du nouveau temple
Détail d’un mur du nouveau temple
Une partie des galeries superposées de l’ancien temple
Une partie des galeries superposées de l’ancien temple

Quelques mystères de plus…

Devant le temple est tracée une place sur laquelle est érigé un obélisque haut de 2,52 m. On peut admirer sur cet obélisque des reliefs plats représentant des figures mythiques mêlant le monde des humains, des animaux et des plantes. Mais le plus surprenant reste les deux représentations de caïmans ! Nous sommes à 3 000 m et la Cordillère Blanche n’ayant jamais été le biotope des caïmans, certains archéologues pensent que la culture Chavín aurait une origine amazonienne. Autre mystère, la Portada située devant le nouveau temple. Elle est faite de deux colonnes décorées de félins, d’éléments de rapaces et de serpents. Rien d’extraordinaire… Seulement au Pérou, aucun site ne comporte des colonnes dans son architecture ! Les questions restent en suspens…

L’edificio A est en fait le nouveau temple. La place, lieu de cérémonies conduites par des prêtres.
L’edificio A est en fait le nouveau temple. La place, lieu de cérémonies conduites par des prêtres.
Vue aérienne du site, qui montre le cheminement de l’eau de la rivière vers les temples.
Vue aérienne du site, qui montre le cheminement de l’eau de la rivière vers les temples.
La Portada, l’unique utilisation de colonnes de l’ancien Pérou
La Portada, l’unique utilisation de colonnes de l’ancien Pérou

La stèle Raymondi

C’est le grand naturaliste italien Antonio Raymondi, qui au milieu du XIXe siècle, trouva cette stèle dans la maison d’un paysan qui s’en servait de table. Au moins il avait du goût…
La dalle de pierre de 1,95 m et 74 cm de largeur est gravée d’un personnage anthropomorphique se tenant debout, avec dans chaque main un bâton (ou spectre). Cette stèle a une grande valeur archéologique de par la diversité de ses dessins qui rassemblent les principaux éléments iconographiques de Chavín de Huantar : le Lanzón, les colonnes du nouveau temple et l’obélisque Tello.

Détail de la stèle Raymondi. Le serpent, symbole de l’eau qui coule, est représenté par le cinturón (ceinture) et le tocado (coiffure). Le báculo est le spectre.
Détail de la stèle Raymondi. Le serpent, symbole de l’eau qui coule, est représenté par le cinturón (ceinture) et le tocado (coiffure). Le báculo est le spectre.

L’art de Chavín

Tout est dualité dans l’architecture et les sculptures du lieu. Le nouveau temple par exemple, est clairement délimité par une partie noire et blanche, représentant la masculinité et la féminité. Certaines sculptures montrent des serpents à la place des cheveux, et les combinaisons d’éléments humains (bouche, mains, jambes) et animaux (crocs, queue, plumes, griffes) sont omniprésents. Ce style artistique très reconnaissable, est le premier de l’ancien Pérou, et marqua toute cette époque que les archéologues ont nommé « horizon Chavín ». Par la suite, de nombreuses civilisations utiliseront le jaguar dans leur iconographie.
Les Andes péruviennes n’ont pu être unifiées qu’à de rares périodes appelées :
– Horizon ancien (ou Horizon Chavín) : 800-300 av. J-C ;
– Horizon moyen (ou Horizon Huari ou Wari) : 600-1000 ;
– Horizon récent (empire Inca) 1438-1533.

La seule tête-clou encore en place sur le temple
La seule tête-clou encore en place sur le temple
Les 3 éléments les plus représentatifs de Chavín de Huantar
Les 3 éléments les plus représentatifs de Chavín de Huantar

L’art de Chavín donne l’impression d’être apparu soudainement, de nulle part. De toute évidence, il manque de nombreux éléments pour comprendre l’origine et le développement de ce phénomène culturel très riche.

En savoir plus sur Chavín de Huantar
Vidéo de présentation du site réalisée par l'université de Sanford.

Vidéo réalisée par l’UNESCO. À partir de 1 min 11, vous pouvez voir le labyrinthe et son Lanzón.


Source : http://www.arqueologiadelperu.com.ar/chavin.htm
© Photos : Éric Guimbault © Photos n° 13 et 16 : http://www.arqueologiadelperu.com.ar/chavin.htm

  • Martina

    Super article, merci pour tous ces détails. Je ne connais pas encore le site de Chavin, mais cela donne vraiment envie d’y aller.