De fer et de caoutchouc

L'épopée du caoutchouc en Amazonie

Iquitos s'est réellement développée à la fin du XIXe siècle, au moment fort de l'exploitation de l’hévéa. Cet arbre produit une sorte de sève blanche, le latex, qui permet l'élaboration du caoutchouc. Les Amérindiens le savaient depuis des lustres mais les Européens, non. Malheureusement on connaît la réactivité de l'homme blanc pour exploiter un environnement. Et c'est le boom du caoutchouc ! (boom de l'exploitation du caoutchouc mais aussi des Indiens...) Le caoutchouc va propulser l'économie de la région, et l'îlot de verdure qu'est le village d'Iquitos verra les machines à vapeur défiler sur les rivières et sa population grandir.

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Quel drôle de mot !
En 1743, le naturaliste Charles Marie de La Condamine mène sa deuxième exploration scientifique en Amérique du Sud. Il découvre ce que les Indiens appellent le cao tchu, littéralement le « bois qui pleure » en référence à la manière dont le latex coule de l’hévéa. La Condamine francise le terme en caoutchouc... mais ne nous explique pas pourquoi il y a un c à la fin !

Iquitos aujourd'hui

De l'âge d'or du caoutchouc, il reste quelques immeubles ornés de faïence, témoignage de la richesse passée, près de la place principale. Le long du malecón, promenade qui longe le fleuve et ses vieilles maisons en bois en contrebas, il y a toujours du passage. Mais dès que le soleil commence à décliner c'est l'effervescence ! Les Péruviens flânent, promènent les enfants, mangent des glaces et les touristes gravitent autour des terrasses, des vendeurs ambulants et des musiciens de rue.

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La Casa de Fierro

Sur la Plaza de Armas, la place centrale, on remarque bien la Casa de Fierro, œuvre de la société Eiffel, construite à Iquitos en 1890. Les guides touristiques en disent peu sur l'histoire de cette construction, qui mérite pourtant d'être détaillée.

La maison de Fer de monsieur Eiffel

En 1889 a lieu à Paris l'Exposition Universelle, où trône entre autres prouesses, la tour de monsieur Eiffel. Parmi les différentes propositions architecturales de sa société, on trouve un modèle de maison destinée aux colonies en Afrique, une sorte de meccano grandeur nature qui malgré sa taille, reste adapté aux climats chauds, avec un grand balcon et une armature à la fois forte et légère.

Julio H. Toots, un riche exploitant de caoutchouc d'Iquitos en visite à l'Exposition Universelle, achète ce modèle de maison et l'expédie en pièces détachées.

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Mais une fois sur place, Toots constate que sa maison est finalement plus grande que voulue. Notre baron du caoutchouc vend la moitié de son meccano géant à un autre exploitant.

Cette « autre moitié » finira mal. Destinée à être transportée dans le sud amazonien du Pérou, elle restera finalement à Iquitos, son transport s’avérant trop périlleux. Elle passe alors dans les mains d'un nouveau propriétaire qui la laisse se dégrader pendant des années... pour enfin la vendre au prix de la ferraille.

Mais revenons à la moitié de maison de monsieur Toots ! Ce dernier la fait construire dans Iquitos, près du fleuve. De fortes crues la menaçant, la maison est démontée puis reconstruite en 1900, à l'emplacement actuel, à un angle de la Plaza de Armas.

Pour en finir avec les idées reçues

C'est toujours irritant de voir quelqu'un arriver et chambouler les rêves qu'on a en tête. Darci Guterrez Pinto est une architecte péruvienne, auteur d'une thèse sur l’œuvre de Gustave Eiffel en Amérique du Sud. Darci nous apprend que la fameuse Casa de Fierro n'est pas en fer, mais en acier.

Bon, on s'en remettra... mais plus étonnant encore, la maison ne serait pas de Gustave Eiffel ! Fichtre, la fierté nationale en prend un coup. Selon les recherches de l'architecte, la maison est l’œuvre des ateliers belges des Forges d'Aiseau, maîtrisant un style proche des ateliers Eiffel mais différent et efficace, puisque la société belge essaimera de nombreuses constructions dans le monde, souvent attribuées à Eiffel.

Darci précise : « Beaucoup de gens veulent aujourd'hui s'accrocher à cette nostalgie, celle d'avoir un ingénieur de cette catégorie, dans nos pays. Je dis nos pays car le mythe n'existe pas seulement au Pérou. » Pour se consoler, disons que le talent d'Eiffel est d'avoir été une source d'inspiration pour le monde entier...

Source : http://www.fondationsocietetoureiffel.org/histoires-eiffel-final.pdf
© Photo principale : Éric Guimbault   © autres photos : Éric Guimbault
  • Martina

    Merci pour cet article inspirant sur Iquitos. Je ne le connais pas encore, mais on aura certainement l’occasion d’y aller, vu qu’on est à Chachapoyas en Amazonas.

    • Éric

      Chachapoyas offre de nombreux sites à découvrir, prenez le temps. Quant à Iquitos il faut profiter d’y aller en ce moment car à partir d’octobre il y aura un peu plus de pluies et ensuite avec le phénomène el Niño ce sera pire. Bon voyage !