El Niño, l’enfant terrible

Depuis plusieurs semaines le nom se fait de plus en plus présent dans les médias, inquiétant et menaçant : El Niño ! Au Pérou, on n’aime pas du tout le voir revenir cet enfant terrible du climat, mais portant il est là ! Mais c’est qui ce niño ? Ou plutôt c’est quoi ?

Naissance du divin enfant

Le phénomène est relaté dès le XVIe siècle. À la fin de l’année, se crée un courant chaud au large du Pérou et de l’Équateur, période qui met fin à la saison de la pêche. Ce réchauffement, connu depuis des siècles, est problématique mais pas catastrophique.
Mais certaines années, environs tous les 4 ou 7 ans, ce courant peut devenir anormalement chaud et entraîner des pluies diluviennes sur les côtes d’Amérique du Sud. Ces pluies atteignant un pic fin décembre, souvent après Noël, le phénomène a été appelé El Niño (petit garçon), en référence à l’enfant Jésus.

 

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Señor météo aïe, aïe, aïe !

Pour comprendre El Niño, il faut d’abord savoir comment le climat est censé évoluer en temps normal dans le Pacifique et sur les côtes sud-américaines. Normalement, la mer est plus chaude à l’ouest du Pacifique que sur les côtes d’Amérique du sud. Les alizés soufflent vers l’ouest du Pérou un air sec et chaud, créant ainsi des pluies en Indonésie et en Australie. Situation normale et bénéfique pour les cultures. Maintenant, lorsque les vents sont faibles et ne parviennent pas à pousser l’air chaud vers l’ouest, se crée une accumulation de chaleur au niveau de la ligne de l’Équateur, et les pluies qui devaient se répartir sur l’Indonésie et l’Australie, dégringolent n’importe comment sur les côtes d’Amérique du sud. C’est le phénomène El Niño.

 

Pour ceux qui n’aiment pas les dessins j’ai une explication ci-dessus… ou le contraire.
Pour ceux qui n’aiment pas les dessins j’ai une explication ci-dessus… ou le contraire.

L’art d’embrouiller les pistes

Maintenant si on regarde d'un peu plus près les chiffres (grâce à nos avancées technologiques !) ben… on se rend compte que le phénomène est difficilement prévisible. Presque aussi compliqué que de la grammaire française, avec un nombre incroyable d’exceptions, dues au caractère aléatoire des vents. Bref, El Niño surprend toujours (enfin souvent).
Par exemple, les deux derniers se sont produits en 1982-83 et 1997-98. En se basant sur le plus méchant, celui de 97, les spécialistes américains avaient annoncé un violent El Niño pour 2014… qui finalement n’arriva pas ! Les courants s’étaient refroidis comme une vieille dans un courant d’air et les scientifiques regardèrent béatement leurs graphiques compliqués. La météo nationale des États-Unis s’appelant NOAA, on peut dire qu’ils avaient fait une prévision à la NOAA.

 

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El Niño, le retour !

Depuis le début de l’année 2015, les météorologues du monde entier observent un réchauffement de la mer près des côtes péruviennes. Le plus important depuis 1997 ! Avec précautions ils ont analysé et attendu de voir comment évoluait la situation. Conclusion malheureuse, à la vue de la faiblesse des vents d’ouest et la température de la mer sur le Pérou, tout indique la présence d’un Niño de forte intensité ! L’« enfant » est prévu pour novembre 2015. En général, les plus touchés sont l’Équateur et le Pérou, particulièrement son littoral et le Nord. Mais la montagne n’est pas à l’abri non plus. Ainsi que les pays voisins…

 

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Conséquences

Ces pluies provoquent des inondations, des glissements de terrain, et même des averses dans des régions désertiques ! Ces catastrophes paralysent les déplacements, coupent les moyens de communication, causent des pertes humaines et bien sûr coûtent des millions d’euros ! Inversement, les pays situés à l’ouest (Indonésie, Australie, les îles du Pacifique) rencontrent des problèmes de sécheresse et des cyclones à répétition.
En 1997, El Niño a provoqué des dérèglements climatiques dans de nombreux pays. La Californie a connu des pluies torrentielles, l’Indonésie d’immenses feux de forêt, la Polynésie des cyclones et le continent africain a subi de fortes sécheresses. Suite à ces intempéries hors normes, les récoltes chutent, les prix montent, et des denrées utilisées dans le monde entier comme le thé, le riz, le café ou les céréales subissent une inflation, pénalisant les pays les plus pauvres.

 

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Le gouvernement péruvien débloque des fonds spéciaux pour permettre aux municipalités de lancer des travaux en cas de Niño extrême.
Le gouvernement péruvien débloque des fonds pour pallier les destructions en cas de Niño extrême.

La Niña, la petite sœur froide

Non, ce n’est pas une blague de météorologiste. Après El Niño, vient la Niña. Mais pas toujours ! Vous savez maintenant à quel point los niños (les enfants) sont imprévisibles.
Comme son aîné indiscipliné, la Niña est connue depuis des siècles, et si l’on en parle davantage c’est parce que les relevés sont plus fréquents. La Niña se caractérise par un refroidissement de la surface de la mer, dans le centre et à l’est du Pacifique tropical. Le phénomène provoque de fortes pluies et des anomalies de températures basses. Des zones précises, comme le sud-est du Brésil et de l’Afrique, le Japon, les parties occidentales et centrales du Canada, subissent des températures inférieures à la normale. La Niña crée des anomalies climatiques sur 9 à 12 mois ! Parfois plus, l’imprévisible par excellence.

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Source : Organisation Météorologique Mondiale  © photos : Éric Guimbault © photo n°3 : http://www.les-crises.fr/
  • Martina

    Article très intéressant, merci ! Nous vivons au Nord du Pérou, mais à l’intérieur des terres, à Chachapoyas. Il paraît qu’ El Nino sera beaucoup plus grave sur les côtes et les pluies resterons « normales » chez nous. Bien, cela sera probablement déjà suffisant…

    • Éric

      Aaah Chachapoyas ! il pleut beaucoup la-bas 🙂 Mais la ville est en hauteur donc elle ne subira pas d’inondations. En revanche, en bas il y aura des débordements, le rio Utcubamba va déborder. Le problème avec El Niño, c’est que ses déplacements sont aléatoires. Suerte !