Hommes et montagnes

La cordillère des Andes a vu naître les plus grandes civilisations précolombiennes, et influence jusqu'au climat en bloquant les vents de ses remparts naturels. Comme toutes les chaînes de montagne, son passé est tumultueux. Mais de cette histoire découle une des aventures les plus riches de l'humanité. Petit retour en arrière pour mieux comprendre le présent.

Naissance de la cordillère des Andes

Le soulèvement des Andes commence il y a environ 200 millions d'années, à partir d'un glissement d'une plaque tectonique du Pacifique sous la plaque de l'Amérique du Sud.
Cette convergence de plaques se déroulera en différentes phases et formera le massif andin, long processus accompagné de remontées de magma et donc d'activité volcanique. L'ancien Pérou est donc une terre hostile, où tremblements de terre, éboulis et éruptions volcaniques peuvent faire disparaître la faune, la flore et les hommes.

 

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La montagne, terre d'accueil insoupçonnée

Se présentant à mi-chemin entre une barrière chaotique et un refuge, la cordillère verra pourtant des humains s'y installer. Et c'est là que tout devient fascinant ! En fonction de ce relief, l'organisme de ces hommes va s'adapter à la rudesse du climat et à l'altitude. Ces hommes vont développer une agriculture adaptée aux inclinaisons, une culture, tout un ensemble d'éléments qui façonneront une identité unique.
Les premières traces d'occupation par les hommes du sol andin remonte à 14 000 ans av. J.-C., principalement dans des grottes. Pourquoi s'installer sur ces hauteurs ? Simplement parce que la montagne était la région la moins inhospitalière. Petite explication.
Le Pérou connaît trois zones naturelles, la costa, la selva et la sierra (la côte, la forêt et la montagne). La côte de l'ancien Pérou avait un climat très désertique. Elle était sujette à de forts séismes (encore aujourd'hui) et affectée par la présence de madame la cordillère, qui bloquait vents et nuages. La forêt amazonienne est tout son contraire : humide, boisée et végétale à souhait. Mais curieusement, les fortes pluies et l'épaisse végétation ne sont pas les éléments les mieux adaptés pour cultiver ou vivre en grandes communautés.

 

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C'est ainsi que la montagne, haute ou basse, fut une terre d'accueil pour le meilleur… et pour le pire ! Ses pentes sont difficiles à cultiver, certaines zones sont arides et les pluies peuvent provoquer éboulis et inondations… Mais elle offre certains avantages : les lamas, les rivières, et quelques légumes riches qui s'adaptent à l'altitude comme le quinoa ou la pomme de terre.
Petit à petit, une agriculture faite de systèmes d'irrigation et de cultures en terrasses se développera. Encore aujourd'hui, le Pérou est le seul pays au monde où l'on trouve une agriculture productive depuis le niveau de la mer jusqu'à 4 000 mètres d'altitude.
Mais le sol n'apportera pas que de la nourriture à ces premières civilisations. Les sous-sols sont également riches en métaux (or, argent, étain, cuivre) et cette particularité géologique va bouleverser à jamais le sort des peuples des Andes !

 

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L'Empire inca, un eldorado ?

Lorsque les conquistadores arrivent au Pérou en 1532, ils sont davantage fascinés par la profusion d'objets en or ou pierreries que par ceux qui les ont créés. Pour les Incas, le métal doré symbolise le dieu Soleil et ne représente pas une source d'enrichissement. On le retrouve sous forme de disques d'or, d'épis de maïs, de papillons… et même incorporé dans l'architecture. De ces richesses, les colons feront naître une légende, celle de l'Eldorado. El dorado, le doré, devient dans l'imaginaire occidental un continent fait de cités d'or et de pierres précieuses !

 

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L'Empire inca, dernière grande civilisation pré-hispanique disparaît et des milliers d'Indiens sont exploités pour creuser ces « montagnes magiques ». Dans ces mines perchées comme des nids de condor, seuls les Indiens peuvent travailler. Les autres, victimes d'hypoxie (manque d'oxygène lié à l'altitude) meurent ou abandonnent. Les Indiens eux, se tuent à la tâche.

 

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Il est tentant d'imaginer ce qu'il serait advenu des civilisations précolombiennes si elles n'avaient jamais possédé de métaux précieux. La couronne espagnole aurait-elle tourné les talons ?
Nous savons toutefois que dès l'instant où les conquistadores posèrent le pied sur le continent américain, l'avenir des Indiens était compromis par les maladies venues d'Europe. De plus, une guerre civile au sein même de l'Empire inca les menait peu à peu à leur perte. Les conquistadores doivent donc leur victoire à la propagation de maladies et aux guerres inter-indiennes davantage qu'à leur maîtrise du terrain. Reste qu'ils auront fait plus de dégâts humains que tous les volcans réunis…

Les Andes au XXIe siècle

Aujourd'hui, les mines d'Amérique du Sud ont les taux de concentration métallique les plus élevés au monde, et la cordillère des Andes livre, de force, ses nitrates et ses métaux précieux. Du désert chilien d'Atacama en passant par la mine de Chuquimata et les hauts plateaux boliviens, péruviens et colombiens, les montagnes enrichissent des multinationales.

 

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Au Pérou, la mine de cuivre de las Bambas et la mine d'or de Corihuarmi sont parmi les plus lucratives du monde. Le pays est le premier producteur d'argent au monde, le deuxième pour le cuivre, le troisième pour le zinc et l'étain et le cinquième pour l'or. Pour les peuples des Andes il reste à gagner la bataille des gisements miniers, qui détruisent l'environnement et divisent les hommes.

On révise le bac !

« Si notre amis Pangloss avait vu Eldorado, il n'aurait plus dit que le château de Thunder-ten-tronckh était ce qu'il y avait de mieux sur la terre ; il est certains qu'il faut voyager. »
« Nous sommes entourés de rochers inabordables et de précipices, nous avons toujours été jusqu'à présent à l'abri de la rapacité des nations de l'Europe qui ont une fureur inconcevable pour les cailloux et pour la fange de notre terre, et qui, pour en avoir, nous tueraient tous jusqu'au dernier. »
Candide ou l'optimisme, Voltaire, 1759.
Source : http://books.openedition.org

© photo principale : Eric Guimbault  © Photos articles Eric Guimbault sauf la photo n°5 : Musée de l'or, Lima