La forteresse de Waqrapukara

Waqrapukara est ma meilleure surprise de l’année ! Ces ruines incas qui surplombent le cañon Apurimac, ne ressemblent à aucunes autres. Pourtant bien répertorié par le Ministère de la Culture, ce site est seulement connu des Péruviens des environs proches. Et au Pérou, un site méconnu n’est pas un mauvais plan, bien au contraire !  
3 bonnes raisons d'y aller
  1. Son accès est facile et ne nécessite pas d'être un marcheur chevronné.
  2. Il est possible de dormir juste à côté de la forteresse pour observer la voûte céleste sans pollution lumineuse et admirer la silhouette de Waqrapukara.
  3. Hormis lors du festival en août, pratiquement personne ne vient ici. La seule personne que vous êtes sûr de rencontrer, c’est le gardien, accompagné de son chien.

Du lama sacré à la forteresse cornue

Les Incas n’avaient pas Google Earth mais ils avaient une telle relation avec la nature qu’aucun site exceptionnel ne leur a échappé ! Pas très étonnant que la montagne de Waqrapukara ait retenu l’attention. Ce sommet de 4 200 m domine une grande partie de la vallée du Rio Apurimac. Avant les Incas, ce sont les Qanchis qui installèrent les premières constructions sur ce promontoire idéal. La tradition orale nous dit qu’un chef qanchi, du nom de T’ito Qosñipa, incita en vain son peuple à se rebeller contre l’Inca Wayna Qhapaq (1496-1527). Le lieu fut récupéré par les Incas qui développèrent les fortifications, les terrasses, les espaces cérémoniels, ainsi que les chemins d’accès créés par le peuple qanchi.

Détail amusant, le sommet de Waqrapukara possède sur les bords deux hauts rochers, sortes de grandes oreilles sensées rappeler celles du lama, dont l’une a été « agrandie » par les constructeurs pour équilibrer l’apparence. C’est très certainement après l’arrivée des conquistadors que le nom changea, les oreilles du lama leurs rappelant des cornes.

D'où vient le toponyme Waqrapukara ?

Ce nom est parfois traduit à tort par la forteresse cornue de wakra, « cornu », et pukara, « forteresse ». Traduction erronée car à l'époque des Incas il n'y avait pas d'animaux avec des cornes... En fait, c’est une déformation du mot waka, « sacré ». Pukara est bien traduit.

Le site archéologique

Le chemin est bien balisé, mais une fois sur place on se rend compte que ce site a été un peu oublié des agences et des guides de voyages… mais surtout du Ministère de la Culture ! Aucun panneau d’information n’est là pour un petit rappel historique, quant à l’accès aux ruines il est gratuit… Malgré tout, un gardien vit sur place, et une petite maison en adobe permet d’accueillir les visiteurs qui veulent dormir dans ce cadre insolite. J’ai bien sûr dormi sur place, mais cerise sur le gâteau, j’ai passé tout l’après-midi seul au milieu des ruines ! Le meilleur moyen pour s’imprégner des lieux.

Waqrapukara aurait eu, à l’origine, une fonction essentiellement cérémonielle. Par la suite, des murs de soutènement ont été construits tout autour de la montagne, rappelant un peu l’allure d’un château médiéval européen. Grace à ces murs qui ondulent sur le relief, une promenade permet de faire presque le tour complet du site, offrant une vue plongeante sur le cañon. De ces hauteurs, on distingue bien les anciennes terrasses agricoles construites en contre-bas, à l’écart de la forteresse, ainsi qu’un immense rocher plat sur lequel des rigoles ont été tracées pour pratiquer des rites sacrés. Ce grand plateau était naturellement maintenu par de gros blocs de pierres, et les Incas ont complété la construction de la base pour en faire une grotte. D’après le gardien, de nombreux squelettes jonchaient le sol. Apparemment les squelettes marchent, car il n’y en a plus un seul…

Les constructions de la forteresse ne sont pas très nombreuses, mais présentent le style inca reconnaissable par ses murs parfaitement joints et antisismiques. Une pancarte indiquant « uña pukara », vous invite à suivre un sentier qui conduit de l’autre côté des oreilles de lama. C’est un peu le clou de la visite. Cet endroit accède à la partie la plus sacrée, avec de grands rochers, témoins de rites ou encore d’adorations des astres. Un calme agréable imprègne ces lieux chargés d’histoire. Orienté plein ouest, c’est le meilleur endroit pour admirer le soleil couchant sur le magnifique relief des Andes.

Se rendre à Waqrapukara
  • À Cusco prendre un bus pour Acomayo. Précisez bien que vous vous rendez à Acomayo, le chauffeur vous arrêtera au petit pont du km 91 pour changer de bus.
  • D'Acomayo, un chemin rejoint la communauté de Hayqui. Comptez 15 minutes en taxi.
  • À l’entrée de Hayqui, sur la gauche, commence le chemin pour se rendre aux ruines. Comptez 2 h 30 de marche pour l’aller et autant au retour.

En théorie vous pouvez tout faire en une journée, mais c’est à mon sens un marathon, donc comptez une nuit proche du site, soit à Acomayo ou Hayqui. Et pour les plus aventureux, passez une nuit près de la forteresse.

Momie et peintures rupestres : les secrets de Waqrapukara

En parlant avec le gardien de Waqrapukara, j’ai appris que les environs proches méritaient non seulement une petite visite, mais méritaient surtout des fouilles archéologiques !

Le gardien, qui sillonne les moindres recoins depuis des années, a découvert les restes d’un sacrifice d’enfant sur un site inconnu des chercheurs. J’ai pu voir son « trésor », constitué des restes d’un squelette usé par le temps, accompagné de différents objets funéraires comme un petit pipeau en bois, des bracelets ou une corde tressée avec des cheveux et du hichu (l’herbe jaune de la puna). Les pilleurs de tombes ont trop souvent une longueur d’avance sur les archéologues…

Le relief et la végétation du cañon dissimulent des chemins ancestraux, toujours empruntés par les paysans. Probablement d’origine qanchi, ces chemins ont été développés par les Incas pour relier d’autres sites proches, et ce, jusqu’à Cusco ! Intrigué par ces chemins, j’en ai pris un pour le retour. J’ai effectivement vu des peintures rupestres, un mirador appelé Qente, ainsi que de nombreuses lagunes habitées par des wallatas, de gros oiseaux blancs avec un petit bec arrondi. Ces paysages d’altitude sont sauvages, survolés par des escadrilles de faucons ou encore des rencontres magiques avec les troupeaux de vigognes qui détalent comme si leur vie en dépendait.

Pour finir avec ces environs, signalons Acomayo, une petite ville encaissée dans une vallée traversée par une petite rivière, ou encore les nombreuses communautés très accueillantes comme celle de Pitumarca. Dans ce voyage vous verrez forcement le grand lac de Pomacanchi, l’occasion d’une ultime halte avant de rejoindre les grands axes.

© photo principale : Éric Guimbault