Pachacámac, du dieu au lieu

Au panthéon inca, il est un dieu à côté duquel on ne peut passer et il a pour nom Pachacámac. Le nom de Pachacámac vient de pacha, « l'univers » et cámac, l'« animateur ». Rencontre avec l'« animateur du monde »…

Chronologie sacrée

Vers 200 avant J-C, une ancienne civilisation appelée Lima initia un centre cérémonial voué au culte d’un dieu craint plus que tout : Pacahacámac ! Dans un premier temps, cet oracle fut consulté par la population locale, mais vers 650 après J-C, à l’arrivée de la civilisation wari, l’influence géographique s’étendit jusqu’au Andes. Vers 1 200, la civilisation Ychma (ou Ichma) prit le dessus et développa la cité, construisant de larges voies délimitées par des murs, ainsi que des pyramides accessibles par des rampes. En 1 450, la puissante armée inca arriva dans la vallée de Lurín, mais l’Inca décida de maintenir le culte dédié à ce grand Pachacámac, et la cité s’embellit de nouvelles constructions, comme par exemple le temple du Soleil (influence inca oblige), mais aussi un nouveau temple dédié à Pachacámac. Face à cette extension territoriale et cette ferveur religieuse, l’Inca fit relier la ville sanctuaire à Cusco par le Qhapaq Ñan, l’axe « royal » de circulation.

 

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La calle Norte Sur prise avant et après sa restauration
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Les dimensions de l’artère laissent imaginer la quantité de pèlerins qui circulaient ici.

Pachacámac le dieu

Mais qui était ce Pachacámac ? Dans la cosmogonie andine, le dieu créateur suprême était représenté par Viracocha. Cependant, les Incas vouèrent un culte limité à ce dieu, lui préférant Inti, le Soleil. Pour les civilisations pré-incas installées sur la côte centrale, Kon, fils du Soleil, était le créateur de tous les êtres vivants. Mais Pachácamac, un autre fils du Soleil plus puissant (situé plutôt du côté obscur), chassa Kon et transforma sa création. Pachácamac n’est donc pas un dieu créateur au sens cosmogonique du terme, puisqu’il intervint après la création de Kon, mais il la transforma, l’améliora, il est « celui qui anima le Monde ».
La seule représentation matérielle aujourd’hui connue de Pachácamac a été découverte par l'archéologue Max Uhle dans les années 1930. Cette idole est représentée sous la forme d’un long bâton en bois de 2,34 m finement sculpté de plantes et d’animaux, dont des serpents et des félins. Le haut de ce bâton se termine par une statuette du dieu, datant de la période wari. Cette idole était d’une grande valeur aux yeux des prêtres et pèlerins. C'est à elle que l'on s'adressait pour contrôler les tremblements de terre et lire l’avenir et il existait tout un rituel pour l'approcher, fait de jeûne, de prières et d’offrandes. L’aura de Pachacámac était telle, que même les prêtres entraient dans le temple en marchant de côté ou en arrière, pour ne pas regarder l’idole dans les yeux.

 

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Construction Inca restaurée dans les années 1940 par l’archéologue péruvien Julio Tello

Le sac du temple par les Espagnols

En 1533, lorsque les conquistadors arrivèrent sur la côte centrale, la ville-sanctuaire de Pachacamac existait déjà depuis plus de 1000 ans ! Cela ne les empêcha pas d’entrer violemment dans les temples, de piller et de brûler une grande partie du site. Venus pour l’or, ils ne furent absolument pas impressionnés par les pyramides ni par le « bâton » figurant Pachácamac et retournèrent les lieux sans discernement. La triste loi du plus fort…
À cette époque, la culture inca qui était dominante, faisait vivre Pachacamac ; mais avec la victoire des Espagnols, la ville-sanctuaire tomba rapidement dans l’abandon. Des chroniqueurs espagnols laissèrent des écrits sur ce que fut Pachacamac, mais parfois, les pierres et les objets anciens sont plus fiables que les témoignages humains…

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Céramique de la culture wari
Source : Ministère de la Culture du Pérou © Photos : Site officiel de Pachacamac