Martín Chambi

Péruvien de naissance, il est le premier photographe d’origine indienne à avoir montré avec dignité la culture de son peuple. Portraitiste, documentariste, son regard constitue un des meilleurs témoignages du Pérou du début du XXe siècle, autant d’un point de vue artistique, qu’anthropologique. Voici Martín Chambi !

Une enfance quechua

L’ascension sociale de Martín Chambi Jiménez est étonnante ! Il né en 1891, dans un village nommé Coaza, au nord du lac Titicaca. La première langue qu’apprend Martín est le quechua, comme ses parents, de simples paysans. Vers l’âge de 14 ans, il travaille dans une mine d’or et c’est dans ce lieu inattendu qu’il voit pour la première fois un appareil photo, par le biais d’une équipe anglaise venue faire des prises de vues pour la compagnie minière. La fascination qu'éprouve alors l’enfant ne le quittera plus de toute sa vie ! Martín économise pendant deux ans et avec la permission de son père, il se rend à Arequipa pour être l’apprenti de Max T. Vargas, photographe débonnaire mais « professeur » de plusieurs futurs grands photographes de cette époque.

La plaza de Armas à Arequipa
La plaza de Armas à Arequipa

Apprentissage et déclic !

Dans la magnifique ville d’Arequipa, Martín Chambi apprend les bases de la photographie. Avec le temps il perfectionne sa technique d'abord en studio, puis en extérieur. Cette activité lui permet d’approcher la bourgeoisie de l’époque qui vient se faire photographier dans le studio de Vargas.
Chambi y reste jusqu’en 1917, date à laquelle il décide de voler de ses propres ailes. Il part s’installer avec sa femme dans la ville de Sicuani, à 350 km au nord d’Arequipa, et y ouvre son premier studio pour se lancer dans la réalisation et la vente de cartes postales, faisant de lui l’un des pionniers du genre !

Sacsayhuamán en 1930
Sacsayhuamán en 1930

Objectif : Cuzco !

En 1920, Martín s’installe à Cuzco. L’ancienne capitale de l’empire inca est à cette époque en plein essor, grâce à la redécouverte du site du Machu Picchu. Toutefois, en ce début de siècle, la culture inca commence à peine à être mise en valeur par la population indigène, jusque là peu fière de ses origines. Chambi contribue fortement à cette mise en valeur ! Cet homme simple, apprécié de tous, ne se contente pas de photographier en studio les riches familles. Chargé de son matériel encombrant et de son trépied, il part à la rencontre des gens de la rue et des paysans, capturant la vie des villages et la beauté des montagnes. Chambi fait partie des premiers grands photographes de cette époque à avoir immortalisé les ruines du Machu Picchu.
Chambi n’est pas le seul photographe professionnel du Cuzco de cette époque. Il y a ses aînés, comme Juan Manuel Figueroa Aznar ou Miguel Chani, et de talentueux photographes de sa génération, tel Daniel Cisneros Cáceres. Ce qui fait la différence de Martín Chambi, c’est sa sensibilité unique à la lumière, faisant de lui un spécialiste des clairs-obscurs et des angles originaux.

L'église de Belén, à Cusco
L'église de Belén, à Cusco, après le tremblement de terre de 1950
L'église de Belén, à Cusco… en 2015
L'église de Belén, à Cusco… en 2015

La production photographique de Martín Chambi se poursuivra jusque dans les années 50, réunissant au final plus de 10 000 photos. Que se soient ses portraits de familles riches ou pauvres, ses clichés d’immeubles aujourd’hui disparus ou encore ses paysages, son regard constitue un kaléidoscope de la culture péruvienne de la première moitié du XXe siècle. Il meurt en 1973, laissant derrière lui un héritage culturel inestimable ! De nombreuses expositions ont été réalisées durant son existence, mais la plus prestigieuse vit le jour quelques années après sa disparition, en 1979, au Musée d’Art Moderne de New York.

Un mariage en 1930
Un mariage en 1930
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En savoir plus sur Martín Chambi
Découvrez le site du photographe Martín Chambi.
Visitez sa galerie à Cuzco, Calle Maruri 315, au 1er étage de l’ancien palais de l’Inca Tupac Yupanqui.
Toutes les photos en noir et blanc sont signées Martín Chambi,
avec l’aimable autorisation de Teo Allain Chambi.

© Photo en couleurs : Éric Guimbault
  • Martina

    Quel bel article sur ce photographe célèbre. Merci beaucoup !