Qui a peur de la feuille de coca ?

La coca, cette feuille mâchée depuis des millénaires par des peuples andins qui savaient utiliser les bienfaits de la nature, va au milieu du XXe siècle faire l’objet d’une grande confusion. Parce qu’elle figure dans la liste des produits nécessaires à la fabrication chimique de la cocaïne, la coca devient interdite de production ! Plaidoyer pour cette petite feuille verte.
La botanique pour les nuls

La feuille de cola recèle 14 alcaloïdes : atropine ; benzoïne ; cocaïne ; cocamine ; conine ; egnonine ; globuline ; higrine ; inuline: ; papaïne ; pectine ; pyridine ; quinoline ; reserpine.
À l’état naturel, ces alcaloïdes sont riches pour l’organisme. Ils sont d’ailleurs à la base des principaux médicaments de la pharmacopée moderne. Ce que les chimistes ont fait, c’est d'isoler l'un de ces alcaloïdes, la cocaïne, qui traité chimiquement avec d’autres produits, devient le chlorhydrate de cocaïne, une drogue dangereuse pour l’organisme.

Science sans conscience…

L’Europe du XIXe siècle est avide de recherches scientifiques. Quand quelques curieux découvrent les effets naturels de la coca, ils tentent quelques expériences. C’est le chimiste Angelo Mariani, Français comme son nom ne l’indique pas, qui popularise l’utilisation de la coca. À partir de 1863, il propose un vin nommé : « Vin tonique Mariani, à la coca du Pérou ». Seulement, si l’on mélange la coca avec de l’alcool sans séparer l’alcaloïde contenant la cocaïne, on obtient un dopant. Donc le pinard de Mariani contient environ 6 mg de cocaïne par bouteille ! C’est en effet très tonique…

Reproduction de la fresque géante peinte sur la façade de l’Université de Cusco
Reproduction de la fresque géante peinte sur la façade de l’Université de Cusco

Aujourd’hui cela fait sourire, mais cette époque, où fumer du tabac est excellent pour la santé, ne voit aucun mal à associer les vertus naturelles de la coca à la fabrication chimique de la drogue. Ainsi, le vin « tonique » de Mariani est conseillé aux sportifs, et son succès est tel qu’il s’exporte dans toute l’Europe. Le monde intellectuel chante ses louanges. Freud, emballé par l’utilisation médicale de la cocaïne en devient un grand consommateur et la préconise pour tout et n’importe quoi !

Sachet de feuilles de cola
Sachet de feuilles de cola
Le Français Mariani
Le Français Mariani

La renommée du « vin à la coca du Pérou » franchit l’Atlantique et donne l’idée à un pharmacien d’Atlanta, de créer le French wine coca, ancêtre d'une fameuse boisson gazeuse, aujourd'hui mondialement connue. Au départ, elle est considérée comme un médicament, notamment pour lutter contre les troubles digestifs de l’estomac, la dyspepsie… qui donnera son nom en 1893 à une autre boisson gazeuse au cola, principale concurrente de la première. À cette époque, le French wine coca contient de la coca, de la noix de cola, mais aussi de l’alcool ! Une recette, qui perdurera quand même jusqu’en 1929.

La vallée de la coca

Au XXe siècle, à mesure que la consommation de cocaïne augmente, en toute logique, la culture de la feuille de coca suit. Ce processus entraînera des conséquences irréversibles pour certains pays d’Amérique du sud, où pousse naturellement la plante. En 2013, le Pérou est passé devant la Colombie dans la production de coca, la troisième position étant réservée à la Bolivie. Ces gigantesques cultures se font au détriment de l’environnement et des pans entiers de la forêt pluviale sont rasés pour satisfaire l’énorme demande.
Dans le nord du Pérou, dans la vallée du Huallaga, les plantations de coca ont pris une tournure nettement moins pacifique que le veut la tradition andine ! La culture intensive a transformé cette belle région en un théâtre de conflits entre brigades péruviennes de stupéfiants, trafiquants colombiens et cultivateurs ! Ces derniers ne sachant plus où donner de la tête au milieu des règlements de compte meurtriers. Mais le pire reste la corruption, qui gagne toutes les sphères administratives !

blog-perou-feuille-de-coca-6
En 1961, sous la pression des États-Unis, la feuille de coca se voit interdite par toutes les instances internationales, de production, d’industrialisation et de commercialisation. Seul son usage traditionnel est permis dans les pays où il existe des preuves de sa consommation ancestrale, en l'occurrence la Bolivie et le Pérou. Les États-Unis, eux, peuvent ainsi contrôler la production et influer à leur guise…
En 2009, à la tribune de la Commission des stupéfiants de l’ONU, le président bolivien Evo Morales mâche de la coca et lance : « si c’est une drogue, arrêtez-moi ! » Ce que personne ne fit.

Le président bolivien Evo Morales
Le président bolivien Evo Morales
© Photo principale Eric Guimbault © Photos n° 2, 5 et 8 : Musée de la coca, Cusco, photos Eric Guimbault © Photo n° 6 Museo Inka, Cusco © autres photos Eric Guimbault
Sources : http://www.technoplus.org/t,1/2472/une-petite-feuille-verte-nommee-coca
  • Martina

    Merci pour cet article très instructif! C’est vrai qu’ici au Pérou il y a toujours plein de gens qui mâchent de la coca. Personnellement j’ai goûté aux infusions de coca qui me plaisent bien. Mais je n’y ressent aucune différence avant ou après. C’est juste une autre sorte d’infusion 🙂

    • Éric

      Oui en infusion on ne ressent rien de spécial mais c’est normal, un peu comme pour un jus de fruit naturel où on ne ressent rien… mais ça reste bon pour l’organisme 😉

  • Lauriane

    Super article 🙂 !

    • Éric

      Merci 😉