Quinoa, graine de star !

Un voyage au Pérou passe aussi par l'assiette ! Premier exportateur de quinoa au monde, le Pérou est aujourd’hui tiraillé entre la forte demande de l’Occident et la préservation de ces petits grains pour les habitants des Andes. Découvrons ensemble l’origine du quinoa, ses incroyables bienfaits nutritifs, et ce que cache son succès commercial. Buen provecho ! (Bon appétit)

La conquête de l'Occident

Un goût amer

Lorsque les conquistadors arrivèrent au Pérou au XVIe siècle, les habitants des Andes consommaient le kinua depuis 4 000 ans ! À cause de ce petit goût amer dû à la saponine (voir plus bas), les Espagnols boudèrent ces petites graines, sans savoir qu’ils passaient à côté d’un des aliments les plus nutritifs de la planète.

Pas super ouverts sur la cuisine locale, les conquistadors préférèrent importer leurs graines de céréales, leurs bovins, ovins et autres vins et ne firent aucun écho au quinoa. En conséquence de quoi, ces petits grains ne connurent pas le succès de la pomme de terre et restèrent plutôt discrets dans les assiettes françaises durant des siècles !

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Des graines de quinoa bio © Quinua.pe

Une star de la diététique

Ce n’est vraiment qu’à la fin du XXe siècle que le quinoa retiendra mieux l’attention des Occidentaux, et de manière très significative à partir des années 2000.

Aujourd’hui, devenu la star des plats équilibrés, le quinoa rencontre à travers le monde un succès qui fait couler beaucoup d’encre et scintiller les écrans, au risques de clamer des contres vérités !

Les raisons de ce succès

Amère saponine

Présente dans certaines plantes, comme le lierre ou la salsepareille, la saponine est un ensemble de molécules que l’on retrouve dans la fine enveloppe des graines de quinoa. Cette substance végétale, non dangereuse, donne une légère amertume. Nous sommes aujourd’hui loin de l’époque des conquistadors et il est acquis depuis longtemps que le quinoa doit être passé à l’eau. Mais avant de passer au lavage intensif vos petits grains inoffensifs, lisez les indications de l’emballage, car le plus souvent le quinoa est frotté puis lavé avant son exportation.

Belle plante

Le quinoa n’est pas une céréale, c’est une plante haute et fine, qui appartient à la famille des Chénopodiacées, comme les épinards ou les betteraves.

Sacré aliment

Le mot quinoa est dérivé du quechua, pour la simple raison que les Incas ont été les derniers transmetteurs du mot auprès des colonisateurs, mais le quinoa a nourri toutes les anciennes civilisations des Andes ! Comme le maïs, le quinoa était considéré auprès de la civilisation inca comme un aliment sacré.

Durant le processus de domestication du quinoa, diverses variétés ont été créées pour l’alimentation, mais la plante sauvage est encore utilisée dans les communautés péruviennes à des fins médicinales. Il existe au Pérou 3 000 variétés de quinoa, mais seulement 30 sont cultivées, dont certaines jusqu’à 4 500 m d’altitude ! La plante a en effet la particularité de résister aussi bien au gel qu’à la sécheresse. Les variétés comestibles ont différentes formes, différents calibres de graines et différentes couleurs. Le grain noir, par exemple, est riche en lithium. Mais quelle que soit sa couleur, le quinoa reste un champion des aliments nutritifs !

Champion nutritionnel

Le quinoa contient plus de protéines que le blé ou le riz. Il est riche en acides aminés essentiels (que le corps ne produit pas), dont la lysine et l’acide linoléique. Il est également riche en minéraux, en calcium, fer, manganèse, cuivre, phosphore, zinc et magnésium.

C’est donc un complément alimentaire précieux, très digeste car sans gluten. Sans en connaître toutes les vertus, les anciennes civilisations le cultivèrent consciencieusement, sûrement pour compenser le peu d’aliments en haute altitude. Une adaptation qui s’avéra gagnante !

Le revers de la médaille

Vers une surproduction ?

L’Amérique du sud est considérée comme le grenier du monde. Le Pérou, de par la diversité de ses cultures, fait partie de ces grands producteurs agricoles, quoiqu’un peu plus raisonnable en termes de cultures intensives que ses grands voisins.

Depuis les années 2000, les chiffres ont fait beaucoup parlés du quinoa, nous amenant à tirer des conclusions hâtives… Entre 2004 et 2014, le prix de la tonne a été multiplié par six ! Le Pérou, premier producteur au monde devant la Bolivie, consacre 65 000 hectares de ses terres au quinoa, dont 37 % dans la seule région de Puno !

Les États-Unis représentent 32 % des exportations du Pérou, et avec la Chine comme futur grand acheteur, le Pérou risque de mettre cette agriculture (et ses agriculteurs) en danger… C’est du moins ce que l’on voudrait nous faire croire !

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Le Pérou exporte principalement aux États-Unis © Ministère de l'agriculture du Pérou

Occidentalisation des cultures

En réalité, le marché du quinoa a attisé tant de convoitises, que les pays occidentaux se sont lancés dans son agriculture. Après l’Amérique du Nord, certains pays européens, non contents d’avoir adapté cette plante à leurs climats respectifs, colportent de manière habile une campagne de désinformation ayant pour but de faire passer le Pérou comme une victime de la surproduction…

Je vous rassure, vous pouvez manger du quinoa sans avoir mauvaise conscience. Les paquets équitables venant du Pérou, de la Bolivie ou de l’Équateur font du bien à leurs cultivateurs. Hasta siempre ! (pour toujours)