La Sierra del Divisor

C’est fait ! Après des années de combats, le gouvernement péruvien a accepté de signer le décret suprême qui déclare parc national la zone de la Sierra del Divisor. C’est une excellente nouvelle, mais pourquoi ? Et que représente cette zone de la forêt Amazonienne ?

Géant vert

On imagine souvent le Pérou comme un pays au long littoral et constitué principalement de montagnes, mais il faut savoir que la forêt amazonienne occupe 60% du territoire ! La première image qui vient à l’esprit des Péruviens lorsqu’on évoque la Sierra del Divisor est cet océan de verdure peuplé d’une faune et d’une flore extraordinaires, dominé par ce cône majestueux !
Ce géant vert est en danger. Située entre les régions de Loreto et Ucayali, à la frontière avec le Brésil, la Sierra del Divisor fait désormais partie d’un corridor biologique international protégé. Le décret a été signé le 8 novembre 2015, mais le Pérou accuse un net retard par rapport à son voisin brésilien qui a classé sa Serra do Divisor en 1989. Ce retard péruvien a permis aux activités illégales de s’étendre en toute impunité, mettant en danger un écosystème précieux. Pourtant la sonnette d’alarme a été tirée il y a une vingtaine d’années par les populations indigènes. Aujourd’hui elles sont entendues, mais le décret n’est pas une finalité, plutôt le début d’une bataille pour préserver un lieu unique au monde !

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La ZRSDD

La Zona Reservada Sierra del Divisor (oui c’est long, d’où les initiales) est une zone de l’Amazonie unique à tous points de vue ! Contrairement à la selva classique, cette forêt présente des zones de reliefs, des cônes et collines végétales d’origine volcanique, qui abritent une vie sauvage endémique. La Sierra del Divisor est l’une des plus anciennes parties géologiques de l’Amazonie ! Certains lieux sont inaccessibles et les scientifiques n’en sont qu’à leurs débuts dans le recensement des espèces. Seize plantes inconnues ont pour l’instant été répertoriées, seize espèces de primates peuplent cette forêt vierge, aucun autre endroit du pays n’en recense autant. On dénombre 69 espèces de mammifères, 570 espèces d’oiseaux et une centaine d’amphibiens et de reptiles différents. Des sources chaudes croisent comme par magie des sources d’eau froide, et dans cet immense espace sauvage, vivent des populations indigènes. L’une d’entres elles, les isconahuas, s’est isolée volontairement, mais est entrée involontairement en contact avec les bulldozers… Personne ne connaît mieux les bienfaits des plantes amazoniennes que ces peuples qui y vivent. Les scientifiques savent peu de choses sur eux, et la transmission de ces connaissances est capitale.

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La main de l'homme

La ZRSDD comprend une superficie de 1 478 311 hectares ! Parfait, me direz-vous, la forêt est sauvée ! Ne pas se laisser tromper par les images aériennes paradisiaques. La canopée cache plusieurs fléaux. En premier lieu, les exploitations illégales minières et les extractions de pétrole. Ces activités génèrent une forte pollution en contaminant les sols et les cours d’eau. Autre activité illégale, l’abattage d’arbres, qui constitue une menace constante. Le tourisme est un secteur qui peut aider les gens de la région. Des zones sont aujourd’hui accessibles et pourront être admirées par les visiteurs, comme par exemple le secteur ouest. Ici, des sentiers mènent à des cascades où des populations d’aras multicolores viennent se désaltérer. D’autres circuits sont en préparation, l’écotourisme a le vent en poupe au Pérou, où l’immersion est primordiale.

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En vert et contre tout

Pendant des siècles, les populations de la forêt amazonienne ont dû défendre leur mode de vie, menacée par les conquistadors, les missionnaires puis maintenant par les compagnies minières et pétrolières. Dans l’ancien Pérou, les peuples indigènes d’Amazonie ont eu un rôle fort dans l’histoire du pays. L’empire inca est entré maintes fois en conflits contres ces hommes venus de la grande forêt, notamment ceux qu’ils appelaient les Antis. En quechua le mot signifie « région naturelle de l’est ». Les incas ont dû construire des forteresses immenses pour repérer les Antis de loin et s’en défendre. Les citadelles de Pisac et d’Ollantaytambo, près de Cusco, sont des exemples de constructions destinées à protéger l’empire inca des invasions amazoniennes. Aujourd’hui, ce sont eux, ces peuples d’Amazonie, qui sont envahis. Une loi a longtemps permis au gouvernement de vendre des parcelles de la forêt pluviale, porte ouverte aux pires exploitations. Cette loi n’a été abrogée qu’en 2008 ! Le commerce du bois est partout. Parquets, meubles, jouets, objets décoratifs… N’achetez jamais de bois sans connaître sa provenance. En France elle n’est pas toujours affichée, mais à nous de nous montrer pugnace en achetant du bois local.

Un coq-de-roche, ou Tunki en quechua.
Un coq-de-roche, ou Tunki en quechua.

Selva alta et selva baja
Au Pérou, la selva est le mot donné à la forêt amazonienne, qui recouvre des parties bien distinctes. La selva alta (haute) est comprise entre une altitude de 800 et 3 800 mètres. Cette zone subtropicale permet la culture du café, de la coca et de nombreux fruits. La selva baja (basse) est la plus grande du pays, elle est comprise entre 80 et 800 mètres d’altitude, donc très chaude et humide. Ces biotopes abritent de nombreuses espèces animales et végétales uniques au monde.


Source : Page sur l'actualité environnementale au Pérou
© Photos : Cedia (Centro para el Desarrollo del Indigena Amazónico) ; © Photo de l'oiseau : Rhett A. Butler