Tintin au Pérou : les 5 erreurs

En créant la bande dessinée Le Temple du Soleil, Hergé a pris le risque rare, d’aborder le thème d’une civilisation disparue sur un fond contemporain ! Œuvre malheureusement réalisée à partir d’une documentation trompeuse… À vous de tester vos connaissances sur le Pérou.

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Dans les années 40, les bandes dessinées évoluaient dans des univers très variés ! Adaptations d’œuvres littéraires et comics américains contrastaient avec un Pif le Chien. Hergé, lui, propulsera Tintin dans des univers de plus en plus réalistes où la documentation deviendra primordiale… Au risque de commettre des erreurs, comme dans Le Temple du Soleil, sorti en 1946. Mais les critiques font progresser, puisque le dessinateur belge en tiendra compte pour ses albums suivants. Pour en savoir un peu plus sur le Pérou, voici cinq critiques instructives sur l’album, avec explications !

1
Géographie : peut mieux faire…

Le premier dessin de la première page de l’album est une carte géographique de l’Amérique du Sud. Ça commence mal puisque la frontière entre le Pérou et l’Équateur est incorrecte ! Le nord du Pérou disparaît chez le voisin équatorien. Hergé est victime des fausses informations diffusées à l’époque par l’Équateur qui faisait circuler des cartes dans lesquelles il revendiquait une zone située dans le nord du Pérou. Aujourd’hui, l’Équateur se bat encore au sujet de ces mêmes frontières !

2
Éclipse... totale !

L’erreur la plus grossière dans Le Temple du Soleil, concerne l’éclipse. Et cette fois Hergé en est entièrement responsable ! À l’époque de la parution hebdomadaire, de nombreux lecteurs envoyèrent leurs réactions, signalant que le mouvement de l’éclipse vers la droite n’était pas juste. Le Pérou étant dans l’hémisphère Sud, la rotation aurait dû commencer par la gauche.
De plus, les lecteurs n’acceptèrent pas l’idée que les adorateurs du Soleil puissent céder à la panique à la vue d’une éclipse, phénomène qu’ils ne pouvaient peut-être pas prédire mais qu’ils connaissaient ! Enfin, l’histoire se déroulant au XXe siècle, et certains Incas de l’histoire pouvant sortir dans le monde moderne, comment pouvaient-ils ignorer l’annonce d’une éclipse ?

3
Callao

À la page 3 de l’album, Tintin et le capitaine Haddock sont à Callao, une ville portuaire située à l’ouest de Lima. En arrière-plan on voit des montagnes enneigées, alors qu’en réalité nous devrions voir un paysage côtier avec des collines désertiques. À l’époque, très peu d’Occidentaux pouvaient relever cette erreur…

 

Le début de la scène mythique du train. Le meilleur est à suivre.
Le début de la scène mythique du train. Le meilleur est à suivre.

4
El condor pasa

Dans les montagnes, Milou est enlevé par un condor, comme le montre l’extrait ci-dessous. Cette scène comporte plusieurs erreurs. Pour commencer, sachez qu’un condor des Andes ne peut pas s’envoler avec une proie. Les textes anciens décrivant ce géant ont colporté cette fausse particularité. En réalité le condor est un charognard, et la morphologie de ses pattes ne lui permet pas de maîtriser une proie et encore moins la serrer et s’envoler avec !
Le condor mâle est plus grand que la femelle et possède une crête. Dans l’album, le second condor qui apparaît est identique au premier, alors qu’on s’attendrait davantage à l’intervention de la femelle (vu que le premier condor a été tué…). Mais pour défendre quoi en fait ? Les condors ne sont pas d’un tempérament agressif et dans le nid il n’y a même pas d’œuf ! Et pour finir, les condors ne font pas de nid, ils pondent à même la roche, dans des anfractuosités.
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5
Game d’amalgames

Le manque d’informations iconographiques a lourdement pénalisé Hergé. Ainsi, Tintin découvre une momie dans une grotte secrète, parée de vêtements et d’objets de la culture Mochica. Cette civilisation est antérieure aux Incas et vivait sur la côte, au nord du pays.
Autre erreur iconographique, celle concernant le trône de l’Inca, celui-ci est orné de gravures de style Tiahuanaco, civilisation pré-inca située en Bolivie. Les gravures de la porte qui mène à la salle au trésor, n’ont rien de la culture inca, ni les armures et encore moins les costumes.
Dans l’album, les Incas ont tous une silhouette fine et élancée, ce qui est loin de la morphologie des habitants des Andes, plutôt trapus.

© Photo principale : Eric Guimbault ; Illustrations : © Hergé-Moulinsart 2015